| 10 Janvier 2010

Tirez sur le pianiste
Séance du 14 janvier
Il a nagé dans le cinéma dès son plus jeune âge avant de surfer sur la Nouvelle Vague. Compagnon d’une enfance solitaire, le cinéma fut son véritable père, incarné par André Bazin qui le conduit vers la critique.
A 19 ans, il quitte l’école et fonde un ciné-club, puis quelques années plus tard publie ses premiers articles aux Cahiers du Cinéma puis à Art. Remarqué par son écriture exaltée et provocatrice, mais aussi sa sévérité envers le cinéma français de l’époque dont il condamne la léthargie, il est un des critiques les plus virulents mais aussi les plus tonifiants des années 50. Car si Truffaut juge durement le cinéma, c’est qu’il l’aime passionnément. C’est donc tout naturellement qu’il en vient à prendre la caméra, comme assistant de Roberto Rossellini d’abord, puis pour passer à la réalisation d’un premier court-métrage, Les mistons, en 1958. Ce coup d’essai est un choc pour les spectateurs d’alors, qui voient le cinéma de papy voler en éclat et un vent de liberté souffler sur le 7ème art.
Revendiquant le réalisme et la spontanéité, le réalisateur néglige la technique au profit de l’instant, et gagne en sensualité et en fraîcheur dans un film plein d’audace, où l’érotisme pointant annonce une émancipation qui fera des vagues par-delà le courant artistique. Dans ce même élan, Les quatre cents coups connaissent alors un succès immédiat, et remportent la Palme d’or au Festival de Cannes 1959. Après Tirez sur le pianiste, il semble toutefois que la verve truffaldienne se soit dissipée, pour laisser place à un conformisme presque déroutant, qui lui sera d’ailleurs reproché. Pourtant, le critique a toujours défendu Renoir, Hitchcock ou Hawks pour leur rigueur et leur classicisme. En réalité, ce qu’il fustigeait n’était pas la tradition mais la médiocrité. C’est ainsi que le cinéaste aura recours en grande partie à l’adaptation littéraire, pouvant ainsi porter toute son attention sur les acteurs et leur personnage en étant assuré de la solidité du scénario. Il fait ainsi de l’acteur Jean-Pierre Léaud un double de lui-même en créant le personnage d’Antoine Doisnel dont « la saga » en cinq films (Les quatre cent coups, L’amour à vingt ans, Baisers volés, Domicile conjugal, L’amour en fuite) dresse un portrait tantôt brillant et exalté, tantôt noir, enfin toujours dans l’entre-deux et reflétant à coup sûr une vision mal à l’aise de la vie. D’un film à l’autre Truffaut sait jongler avec un certain cynisme pathétique à la Guitry (L’homme qui aimait les femmes) ou un fantastique obsessionnel à la Hitchcock (La femme d’à côté) ou encore certains films alourdis par les costumes ou l’austérité de l’histoire (L’histoire d’Adèle H., Les deux anglaises et le continents). Au regard de cette diversité, l’œuvre de Truffaut trouve tout de même sa cohérence dans les thèmes abordés, et surtout dans la « french touch » douce amère et pleine de charme d’un cinéaste amoureux de ces acteurs, de leur voix, de leur gestes, et à la mise en scène toujours brillante.
Tirez sur le pianiste est le deuxième long-métrage de Truffaut, qu’il réalise en 1960. Cette adaptation parodiée du roman policier de David Goodis, fait souffler un vent nouveau sur le cinéma. Tout en poursuivant les digressions dramaturgiques déjà rencontrées dans les Quatre cents coups il laisse place à une fantaisie aussi peu conforme à quelque modèle que ce soit, qui évolue de la parodie au burlesque en reprenant des accents du réalisme poétique français des années 30 et du film noir américain des années 50, sans renier toutefois une certaine filiation à la Nouvelle Vague qui est en train de connaître son heure de gloire.
Le personnage principal incarné par Charles Aznavour est un timide pianiste de bar dont l’air de doux rêveur inconscient de son charme n’est pas sans rappeler la figure d’Antoine Doisnel qui n’est autre que l’autoportrait du cinéaste. Dans ce film sont délivrées comme abruptement les obsessions que Truffaut reprendra avec plus de subtilité - d’autres diraient : de manière plus édulcorée - tout au long de son œuvre. L’implacabilité du destin, le mystère des femmes qui sont chez Truffaut l’objet de crainte et de fascination, l’absurdité de la vie et la beauté du quotidien sont les constantes qui coexistent en un fragile équilibre qui fait de ce film un ovni pour le moins fascinant et plein de charme. La remarquable photographie de Raoul Coutard et la mise en scène jouant sur les contrastes – tout le film est un questionnement sur les différences hommes/femmes, et joue sur la radicalité dans les propos comme dans la forme – font de ce film une pièce de choix dans la problématique du noir et blanc proposée dans ce cycle de ciné-club. Ici le noir et blanc fait sens, décuplant l’ambivalence du geste, du cadrage, du regard : des touches du piano aux lumières de fête dans la nuit meurtrière, les figures du clair-obscur sont exploitées pour le plus bel effet de cinéma.
A 19 ans, il quitte l’école et fonde un ciné-club, puis quelques années plus tard publie ses premiers articles aux Cahiers du Cinéma puis à Art. Remarqué par son écriture exaltée et provocatrice, mais aussi sa sévérité envers le cinéma français de l’époque dont il condamne la léthargie, il est un des critiques les plus virulents mais aussi les plus tonifiants des années 50. Car si Truffaut juge durement le cinéma, c’est qu’il l’aime passionnément. C’est donc tout naturellement qu’il en vient à prendre la caméra, comme assistant de Roberto Rossellini d’abord, puis pour passer à la réalisation d’un premier court-métrage, Les mistons, en 1958. Ce coup d’essai est un choc pour les spectateurs d’alors, qui voient le cinéma de papy voler en éclat et un vent de liberté souffler sur le 7ème art.
Revendiquant le réalisme et la spontanéité, le réalisateur néglige la technique au profit de l’instant, et gagne en sensualité et en fraîcheur dans un film plein d’audace, où l’érotisme pointant annonce une émancipation qui fera des vagues par-delà le courant artistique. Dans ce même élan, Les quatre cents coups connaissent alors un succès immédiat, et remportent la Palme d’or au Festival de Cannes 1959. Après Tirez sur le pianiste, il semble toutefois que la verve truffaldienne se soit dissipée, pour laisser place à un conformisme presque déroutant, qui lui sera d’ailleurs reproché. Pourtant, le critique a toujours défendu Renoir, Hitchcock ou Hawks pour leur rigueur et leur classicisme. En réalité, ce qu’il fustigeait n’était pas la tradition mais la médiocrité. C’est ainsi que le cinéaste aura recours en grande partie à l’adaptation littéraire, pouvant ainsi porter toute son attention sur les acteurs et leur personnage en étant assuré de la solidité du scénario. Il fait ainsi de l’acteur Jean-Pierre Léaud un double de lui-même en créant le personnage d’Antoine Doisnel dont « la saga » en cinq films (Les quatre cent coups, L’amour à vingt ans, Baisers volés, Domicile conjugal, L’amour en fuite) dresse un portrait tantôt brillant et exalté, tantôt noir, enfin toujours dans l’entre-deux et reflétant à coup sûr une vision mal à l’aise de la vie. D’un film à l’autre Truffaut sait jongler avec un certain cynisme pathétique à la Guitry (L’homme qui aimait les femmes) ou un fantastique obsessionnel à la Hitchcock (La femme d’à côté) ou encore certains films alourdis par les costumes ou l’austérité de l’histoire (L’histoire d’Adèle H., Les deux anglaises et le continents). Au regard de cette diversité, l’œuvre de Truffaut trouve tout de même sa cohérence dans les thèmes abordés, et surtout dans la « french touch » douce amère et pleine de charme d’un cinéaste amoureux de ces acteurs, de leur voix, de leur gestes, et à la mise en scène toujours brillante.
Tirez sur le pianiste est le deuxième long-métrage de Truffaut, qu’il réalise en 1960. Cette adaptation parodiée du roman policier de David Goodis, fait souffler un vent nouveau sur le cinéma. Tout en poursuivant les digressions dramaturgiques déjà rencontrées dans les Quatre cents coups il laisse place à une fantaisie aussi peu conforme à quelque modèle que ce soit, qui évolue de la parodie au burlesque en reprenant des accents du réalisme poétique français des années 30 et du film noir américain des années 50, sans renier toutefois une certaine filiation à la Nouvelle Vague qui est en train de connaître son heure de gloire.
Le personnage principal incarné par Charles Aznavour est un timide pianiste de bar dont l’air de doux rêveur inconscient de son charme n’est pas sans rappeler la figure d’Antoine Doisnel qui n’est autre que l’autoportrait du cinéaste. Dans ce film sont délivrées comme abruptement les obsessions que Truffaut reprendra avec plus de subtilité - d’autres diraient : de manière plus édulcorée - tout au long de son œuvre. L’implacabilité du destin, le mystère des femmes qui sont chez Truffaut l’objet de crainte et de fascination, l’absurdité de la vie et la beauté du quotidien sont les constantes qui coexistent en un fragile équilibre qui fait de ce film un ovni pour le moins fascinant et plein de charme. La remarquable photographie de Raoul Coutard et la mise en scène jouant sur les contrastes – tout le film est un questionnement sur les différences hommes/femmes, et joue sur la radicalité dans les propos comme dans la forme – font de ce film une pièce de choix dans la problématique du noir et blanc proposée dans ce cycle de ciné-club. Ici le noir et blanc fait sens, décuplant l’ambivalence du geste, du cadrage, du regard : des touches du piano aux lumières de fête dans la nuit meurtrière, les figures du clair-obscur sont exploitées pour le plus bel effet de cinéma.












