Alice dans les villes Wim Wenders / séance du 12 novembre

wimwendersWim Wenders, de son vrai nom Wihlem Enrst Wenders, fait partie des cinéastes qui ont marqué les esprits et leur époque à travers de nombreuses œuvres.
Rien ne prédestinait le jeune Wihlem à devenir le porte-parole de la Nouvelle Vague Allemande. Né le 14 août 1945 à Düsseldorf, il étudie d’abord la médecine et la philosophie avant de se tourner vers le cinéma. Ces deux pratiques marqueront d'ailleurs ses films et sa pensée du monde. En 1968, il rentre à la Hochschule für Film und Fernsehen de Munich et commence un cursus de cinéma qu'il termine avec son film de fin d'étude, Summer of the city (1970). S'inspirant de ce que Resnais, Truffaut, Godard, etc. avaient fait quelques années plus tôt en France, il s'associe à d’autres cinéastes et crée, en 1971, un collectif, le Filmverlag der Autoren, pour produire et distribuer leurs propres films. Mais, déçu par ce processus, Wim Wenders, décide de quitter le groupe pour créer sa propre maison de production, la Wim Wenders Produktion en 1974. Il réalise alors quelques-uns de ses plus beaux films, dont Alice dans les Villes (1974) qui compose sa « trilogie du voyage » avec Faux mouvement (1975) et Aux fils des temps (1976) ; road-movie contemplatif qui marque l’œuvre du cinéaste voyageur et lui offre une renommée internationale avec une première sélection au festival de Cannes

Fort de cette renommée, Wenders se fait inviter en 1977 aux Etats-Unis par Francis Ford Coppola pour tourner un film sur l'auteur de polars Dashiell Hammett, produit par Zoetrope (société de production créée par Coppola et Georges Lucas). Des conflits entre le producteur et le réalisateur nuisent à la sortie du film (Hammett ne sera vu en salles qu'à partir de 1982).
Malgré tout Wim Wenders continue sa carrière et élargit son horizon cinématographique en tournant des œuvres entre l’Europe et les Etats-Unis, comme avec L’ami américain (1977), thriller percutant et minutieusement interprété par Dennis Hopper. Ce film marque sa véritable entrée sur le territoire américain. En attendant la sortie de Hammett, il se tourne vers le documentaire avec des œuvres telles que Nick’s movie (1980) qui suit les derniers moments de son cinéaste de chevet : Nicholas Ray, ou encore, plus tard, Tokyo-Ga (1985), sur le réalisateur Yasujiro Ozu.
Ce n’est réellement qu’en 1984 que Wim Wenders se voit accéder au statut d’auteur avec Paris Texas, émouvante traversée de l’Amérique qui décroche la Palme d’Or au Festival de Cannes. Suivra en 1987 son film le plus éblouissant : Les ailes du désir.
Au milieu des années 90, il retourne aux Etats-Unis pour tourner des œuvres ancrées dans l’histoire politique de ce pays : The End of Violence (1997), ou encore le drame sentimental Don’t Come Knocking (2005).

Wim Wenders ne cesse de travailler le spleen entre les générations, les quêtes identitaires et culturelles. Il crée un rapport entre l’espace et l’image où s’entremêlent signes et mythologies d’un cinéma Hollywoodien qu’il affectionne tant. Son style crée des films contemplatifs, interrogatifs avec une consciente volonté métaphysique. Ils sont très forts plastiquement et créent une forme de monde de l’après, post-historique, voir post-cinématographique auxquels Wenders raccroche son amour pour les polars et la série B. Il y fait même intervenir des cinéastes ayant marqués sa jeunesse comme Samuel Fuller, Nicholas Ray, ou encore Jean Eustache.
Sa cinématographie s'interroge aussi sur le rapport à l’image. Qu’elle est sa place aujourd’hui? Sert-elle encore à quelque chose à notre époque où l’image est omniprésente?

Ces thèmes chers à ce cinéaste se retrouvent d'ailleurs de façon marquée dans Alice dans les villes (1977).  Le film conte l’histoire de Philippe Winter, jeune journaliste allemand envoyé aux Etats-Unis pour écrire un article sur le paysage. Au lieu de cela, il se met à prendre des centaines de photos avec son polaroïd. Par manque d’argent, il décide de retourner en Allemagne pour finir son histoire. À l’aéroport, il rencontre Lisa et sa fille Alice qui veulent aussi quitter le pays. Le lendemain matin Lisa a disparu en laissant une lettre à Philippe pour qu’il la retrouve avec Alice à Amsterdam. Mais à l’heure du rendez-vous la jeune femme ne se présentera pas. Le journaliste et la petite fille restent seuls, ils recherchent alors la famille d’Alice en Allemagne.
Film remarquable, il est profondément marqué par l’interprétation de la petite fille qui lui donne une touche singulière, accentuée par la plastique du noir et blanc et son rythme lent qui créent une véritable école du regard. Il y a foule de détails et de références, ici, l'image du cinéma classique américain surtout est très présente. Si Wenders décide de tourner sans la couleur, c’est pour rendre un hommage à ce genre qu’il a tant apprécié lors de ses années d’études.