| 06 Décembre 2009
Ed Wood de Tim Burton / Séance du 10 décembre
Tim Burton, de son vrai nom Timothy William Burton, fait partie de ces cinéastes qui, à chaque film, déploient un peu plus l’éventail de leur talent sans jamais sortir de leur univers, en l’occurrence ici, la douce mélancolie, la baroque noirceur et le gothique coloré.Timide et fantasque depuis sa tendre enfance, le petit Tim passe les journées ensoleillées de sa Californie natale dans les salles obscures des cinémas. Là, son imaginaire se remplit des monstres qu’il voit et revoit dans des films comme Godzilla, Frankenstein, ceux de la Hammer. Mais ceux qu’il préfère sont ceux où Vincent Price est la vedette. C’est grâce à ce dernier que se forgea la vocation de réalisateur dans l’esprit du jeune Burton.
Doué en dessin, il commence sa carrière chez Disney en tant que dessinateur - animateur sur Taram et le chaudron magique. Cette expérience lui permettra de travailler avec Henry Selick, réalisateur à venir de L’Etrange Noël de Mr Jack, sur son premier court métrage, au ton déjà résolument personnel : Vincent. Sur ce court métrage, c’est la voix si particulière de Price récitant le poème qui illustre la triste histoire du petit garçon qui voulait être Vincent Price. Suprême consécration pour un Burton, dont ce Vincent est un pendant autobiographique évident, que celle de voir son idole de toujours donner vie à sa création. Effrayés par tant de noirceur, les cadres de Disney mettent au placard ce petit bijou qui n’apparaîtra qu’en complément de L’Etrange Noël de Mr Jack. Même problème pour Frankenweenie, court métrage plus long avec acteurs et décors réels.
En 1985, la chance, nommée ici Warner Bros, lui sourit. La firme cinématographique a passé un contrat avec Paul Reubens, qui incarne Pee-Wee Herman, pour réaliser un film dont il est la vedette. Burton parvient à décrocher le poste de réalisateur. Ce premier film signe également la première collaboration de Tim avec le compositeur Danny Elfman : c’est le début d’une longue et fructueuse coopération. Pee-Wee’s Big Adventure est un succès, la carrière de Burton est lancée. Il réalisera ensuite de nombreux films tels que Beetlejuice, deux Batman, Mars Attacks !, La Planète des Singes,…
C’est en 1990 qu’il collabore pour la première fois avec celui qui sera son alter égo à l’écran: Johnny Depp. Edward aux mains d’argent est également l’occasion pour le cinéaste de retrouver son idole Vincent Price dont le rôle de l’inventeur sera le dernier puisqu’il meurt avant la sortie du film. Une transition est donc faite dans la vie du réalisateur : il change désormais de statut et passe du rôle de Galatée façonné par les films de Price à celui de Pygmalion façonnant un Johnny Depp en devenir. Cette relation privilégiée entre l’acteur et le réalisateur s’est poursuivie et se poursuit encore à travers Sleepy Hollow, Charlie et la Chocolaterie, Les Noces Funèbres, Sweeney Todd et bientôt Alice aux pays des merveilles.
En 1994, avec Ed Wood, Tim Burton signe son film le plus personnel mais également son plus gros échec commercial. Ironie du sort puisqu’il s’agit d’un long-métrage sur un cinéaste, Edward David Wood Junior, qui n’a jamais connu le succès. Ce farfelu metteur en scène de séries Z des années 50 a gagné sa notoriété grâce à une nomination posthume au titre de « plus mauvais réalisateur de tous les temps » en grande partie à cause de (grâce à ?) son film Plan 9 From the Outer Space, l’anti-Citizen Kane avec des soucoupes volantes. Tim fait appel à son égérie Depp pour incarner cet amoureux inconditionnel mais raté du cinéma. Re-tournant à l’identique des scènes de films de Wood, Burton offre au réalisateur déchu deux cadeaux dans cette biographie relevant plus du conte que du documentaire : une rencontre avec Orson Welles (sa supposée antithèse) qui n’a jamais eu lieu et une première triomphale pour Plan 9 From Outer Space. Mais le metteur en scène de Big Fish ne se contente pas de dresser un portrait sans cynisme de cet homme qu’il admire, il en profite pour déclarer son amour au cinéma de genre, celui qui à bercer son enfance, avec une certaine mélancolie. Ce regret de la disparition d’un cinéma intègre et sincère se fait sentir par un noir et blanc qui respire le deuil. Ce parti prix esthétique permet également de souligner l’ambiguïté et l’ambivalence du personnage qu’était Ed Wood, à la fois travesti et hétérosexuel, honnête mais incompétent, gentil mais timbré. Burton oscille en permanence entre la noirceur et le positif du personnage. De plus, il est certain que Burton voit en Ed Wood son quasi parfait alter égo et ce noir et blanc semble montrer que la relation qui unissait Wood à l’acteur Bela Lugosi était une version plus ancienne de celle qui l’unissait à Vincent Price.
« Visuellement, scénaristiquement, Ed Wood se rapproche dans la forme et dans le fond de la tradition tendre et gentiment décalée par rapport au réel des contes moraux de Capra, icône d’un Hollywood résolument optimiste. Cette proximité n’est pas innocente : en allant dans le sens d’une déréalisation de son sujet au profit de la construction d’un conte profondément américain, Burton en profite pour bâtir une image parfaitement symbolique de l’ironie mesquine d’un Hollywood qui broie ceux qui osent croire aux chimères d’une création indépendante des grands circuits commercialement intéressés. »*
bibliographie :
- Tim Burton, Positif, ed Scope Eds, 2008
- Tim Burton, Antoine De Baecque, ed Les Cahiers du Cinéma, 2007
- Le cinéma expressionniste de Caligari à Tim Burton, Jacques Aumont, ed Presse Universitaire Rennes II, 2009
Sites internet :
- http://www.tim-burton.net/
- http://www.timburton.com/
- http://www.timburtoncollective.com/
- * http://www.critikat.com/Ed-Wood.html












